La psychanalyse du fer
A vous de voir.
dimanche 2 juin 2024
mercredi 13 mars 2024
Le rêveur de navires
Photo Eric Pineau
J’ai
nommé cette sculpture, « Le rêveur de navires » en hommage au roman
portant ce titre du grand écrivain colombien Alvaro Mutis, et aussi bien sûr,
en hommage aux travailleurs des chantiers navals qui durant cent cinquante ans
rythmèrent la vie de La-Seyne.
Elle
attend les regards ; regards caressants, regards interrogateurs, regards
inquiets, regards désapprobateurs peut-être, mais avant tout et plus que tout,
des regards, car une œuvre plastique ne vit et ne survit que par l’attention de
ses regardeurs.
De
l’accueil que feront au rêveur de navires les usagers du site, c'est-à-dire
celles et ceux qui quotidiennement travaillent dans les bureaux, les ateliers,
et viennent se reposer sur les bancs, de cet accueil dépendra le devenir de la
sculpture ; l’intérêt ou le désintérêt du public en assurera la pérennité
ou bien en provoquera la destruction.
Ma mission une fois accomplie, comme le remorqueur qui ayant conduit le cargo au large largue les amarres, une fois la sculpture extraite de l’atelier et fixée sur son socle, je défais les liens qui durant sa gestation et sa fabrication m’unirent intimement à elle.
Photo Olivier Placet
Photo Guy Barsotti.
samedi 29 juillet 2023
Temps Pliés
LA COMPREHENSION INTIME DU MATERIAU
Goulven pourrait faire sienne la formule d’Henri Focillon « La main c’est l’esprit, l’esprit c’est la main ». Chez lui en effet les pliages qu’il impose aux plaques d’acier ne sont pas le résultat d’un travail mécanique qui ferait appel à des machines, mais des mouvements de torsion qu’il réalise manuellement avec toute sa sensibilité et la compréhension intime du matériau. Les lignes que dessinent ses sculptures ne s’imposent pas à notre regard par leur forme massive comme dans les pièces de Richard Serra ; elles entretiennent avec le spectateur un dialogue de l’ordre de l’intime, offrant la délicatesse et la fragilité de papiers pliés ou découpés. Elles possèdent le gauchissement cher à Rolland Barthes qui nous embarque dans le monde du rêve et de la poésie.
Gilles Altieri 02/2019
mercredi 15 mars 2023
Une étoile qui danse
Burdinazko eguzkia
L’œuvre
représentée sur la photo ci-dessus est en fait de petite dimensions, environ 30
Cm de hauteur, et c’est l’art du photographe Guy Barsotti qui lui donne son
aspect monumental. Pour l’exposition à la Villa Thuret je vais donc en réaliser
une réplique répondant aux mêmes proportions et dont la hauteur sera d’environ
1 m 70. La matière utilisée sera de la tôle d’acier non décapée de 1,5 mm
d’épaisseur, soudée par points. La sculpture s’oxydera lentement et le fer
retournera à son état premier, de
minerai, de pierre, de poussière.
Goulven à Toulon le 12/02/2023
Avancement du projet.
mardi 14 février 2023
Forêts
Le
bois et le fer
Un jour le feu embrasa la forêt et fit fondre la
pierre, enseignant ainsi à l’homme la métallurgie. Au cours des millénaires
l’homme perfectionna la technique et créa grâce au fer sa forêt imaginaire.
De
l’improbable accouplement du feu et de la pierre provoqué par la combustion du
bois, naquit le fer, maître de l’ombre et des ténèbres, instrument satanique de
la violence et de la mort, Depuis ce jour l’homme quelle que soit son
degrés d’évolution, son mode de vie, ses convictions politico-religieuses, n’a
cessé de l’opposer au bois, à l’arbre, à la forêt source de régénérescence
éternelle, symbole de douceur maternelle de puissance patriarcale, de respect
des ancêtres, de savoir infini. Est-ce l’humain
qui sur ces deux matériaux antagonistes projeta sa force et sa faiblesse, sa
violence et sa douceur, son instinct de mort et son instinct de vie ? Est ce
l’antagonisme de ces deux éléments qui au cours des âges façonna le caractère
de l’homme ? Lorsque le bois et le fer s’allient
dans la complicité ils forment des couples diaboliques : le manche de la hache,
du poignard, du marteau ou de la faux,
le pommeau de l’épée, la crosse du fusil ou du révolver.
Eric
et Goulven
Eric, c’est la politesse, la délicatesse à l’égard
de la lumière qu’il ne nous livre jamais de façon brutale et grossière, mais
toujours filtrée, distillée, épurée. Comme
le soleil qui descend se ressourcer dans
les ténèbres, Eric plonge son objectif au cœur de la forêt pour livrer à notre
regard la subtilité, la frivolité de la lumière. Il fait appel à une technique
archaïque, non par passéisme où nostalgie d’une autre époque, mais pour mieux
être en symbiose avec les éléments. C’est pour les mêmes raisons que j’utilise
l’outillage le plus rudimentaire possible et que je travaille presque toujours
à même le sol de manière à entrer en relation étroite avec la plaque de tôle qui est un matériau proche
de l’âme humaine. On peut la caresser, la flatter, provoquer en elle une
faiblesse, lui imposer une tension, une pression, la tordre, la blesser, la
réparer, la polir, la dépolir et en dernier recours la peindre pour cacher sa
vraie nature. La subtile technologie dont est issue l’acier s’apparente à
l’éducation d’un humain dans la mesure où il n’y a rien de naturel de
l’extraction à la transformation puis à l’usinage du minerai. Comme un adolescent qui aussitôt libéré de
l’emprise parentale va transgresser les principes inculqués, la plaque de tôle
dès que vous la laissez livrée à elle-même va retourner le plus vite possible à
l’état de nature, de minéral, de poussière. Fruit d’un accouplement du feu et de la
pierre le fer essaye en s’oxydant d’oublier le traumatisme fusionnel qui
l’engendra. C’est en rouillant que
la plaque de tôle accomplie sa résilience.
http://www.radio-active.net/podcast_active-193-galerie-15-goulven-Eric-pineau?fbclid=IwAR3rbdYLPReR0WAXonQ_4MA5Ao2upFadGJ_Rz9iw4O74hXLGQo8jbHLigyU
L’autobus qui nous transporte relie le Mourillon au quartier des Routes, c’est à dire le bord de mer, les plages, aux contreforts de la montagne qui domine Toulon et que l’on nomme Faron. Etymologiquement, Faron vient de l’égyptien ancien pharaon qui voulait dire lueur, lumière et par extension bien sur, le guide suprême, celui qui par sa grâce et les liens privilégiés qu’il entretient avec les dieux, éclaire son peuple, lui indique la route à suivre. Dans le même registre, Tsar signifie en russe étoile, lumière dans le ciel et Louis quatorze fut souvent qualifié de despote éclairé.
L’enfant dans son berceau me fait penser à un roi tout puissant, débonnaire et redoutable. L’enfant sait, car il vient d’arriver de cet infini qui nous fait peur et où nous retournerons. La capote de la poussette c’est la voûte céleste et la mère attentive et cachée, c’est le dieu invisible partout présent. L’enfant tire son pouvoir de la mystérieuse communication maternelle. Ses yeux semblent me dire : « Tu vois, je suis le maître de l’univers, car elle est là, tout prés. Le ciel, les étoiles, c’est elle. Je n’ai pas besoin de la voir, je n’ai pas peur des ténèbres, car ma lumière c’est elle. Demande moi n’importe quoi, je peux tout pour toi ».
De la même façon que l’enfant régénère la vie grâce au souvenir encore frais chez lui de l’infini d’où il vient et vers lequel nous nous dirigeons, l’arbre régénère la terre. Son tronc est une route par laquelle de haut en bas circule la poésie du cosmos, un savoir infini capté par les plus hautes branches et leurs feuilles. Au niveau du sol, lieu magique où le divin croise le terrestre, le tronc se sépare, se deltaïse en racines, qui comme des chemins vicinaux, des rues, des ruelles, s’en vont tel un orchestre tzigane faire écouter aux entrailles de la terre la musique céleste.
Goulven 2010