jeudi 30 octobre 2008

obéissance

…….. ce qu’il y a de merveilleux dans les formes naturelles, c’est qu’elles sont certes destructibles, mais se recréent à l’infini, car elles sont le résultat non pas de l’effort humain, mais de l’obéissance à des contraintes naturelles. Goulven 2008

L'utopie de la syncèrité

Dire ce que l’on pense ! Quelle utopie. Cela voudrait dire que l’on pense une seule chose sur un sujet précis……. Un handicapé mental pense peut être une seule chose à la fois, alors que le cerveau d’un individu normal est en face d’un problème précis traversée par une infinité de pensées. On ne dit jamais ce que l’on pense, on dit ce qui va permettre à la relation que l’on instaure par la conversation avec un quidam, d’aller dans le sens que l’on souhaite. On souhaite construire ou détruire, attirer ou repousser, caresser ou piquer, mettre en valeur ou mettre plus bas que terre, faire évoluer ou faire régresser………. Goulven 2008

L'oeil du cyclone

Photo Guido Baselgia 



Photo Guido Baselgia

A propos d’expo 02 voici quelques réflexions qui présidèrent à la création de l’œuvre que j’eus la chance de pouvoir réaliser en collaboration avec la scénographe Audrey Ténaillon et l’architecte Marie Claude Bétrix.
En 2001, le ministère de la défense de la confédération helvétique, à l’occasion d’expo 02, me passa commande d’un escargot destiné à symboliser sur un site nommé, Le chantier naval, la politique extérieur suisse avançant repliée sur elle même et fort lentement. Je suis bien sur contre une définition étriquée de mon travail, mais je pense néanmoins que, tension, déséquilibre, mouvement, donc, force, vitesse, violence en sont les principaux constituants. J’acceptais la commande, car comme le disait un grand écrivain du siècle dernier, seule les contradictions sont humaines et pratiques.
L’escargot, c’était une idée (que je trouve excellente) des architectes et de la scénographe chargés du projet « Le chantier naval » mais j’apprit rapidement que le ministère de la défense, c’est à dire le commanditaire général, avait accepté cette image à contre cœur.
Comment réaliser ce travail sans pervertir mon œuvre pour laquelle du reste j’avais été choisi….on fait appel à vous car on ne veut pas du Disney land. Je me concentrais donc sur le symbole général de la spirale, lorsqu’un beau matin je croisais par hasard un scientifique de haut niveau avec lequel j’avais lié connaissance il y a une dizaine d’années. A l’époque j’étais l’un des rare à comprendre l’importance de ses théories sur la « production d’aléatoire ». Installés à la terrasse d’un bar, nous bûmes un café, deux cafés tandis que j’entretenais le scientifique de haut niveau de mon escargot, de la spirale en général. Comme je m’y attendais, celui ci se montra intarissable sur le sujet. Des Incas à la physique quantique en passant par Platon et Einsthein sans oublier bien sur Blaise Pascal et Leprince Ringué. Ayant sur moi, un petit carnet, je priais mon scientifique de haut niveau de bien vouloir y inscrire quelques formules modélisant la spirale, ce qu’il fit, puis nous primes congé l’un de l’autre. La matinée maintenant bien avancée, était belle, propre à l’élévation de l’ âme, à la méditation. Pour y voir plus clair, je photocopiais les deux pages du carnet , les agrandissais en format A4 et me dirigeais vers mon atelier. Quelques semaines plus tard la conception de ma sculpture n’avait guère avancé. Je buttais lamentablement contre la contradiction entre mon œuvre que je veux tension, déséquilibre, mouvement, vitesse, force….et la spirale molle de l’escargot. Les formules mathématiques ne m’étaient d’aucun secours. Je commençais à paniquer et le deuxième des sept acomptes m’ayant été versé, je sentais que mes commanditaires allaient bientôt me demander des comptes.
Un soir au hasard d’un zapping télévisuel incontrôlé, m’apparut l’image suivante : la garde présidentielle irakienne défilait sous deux sabres monumentaux tenus par les moulages agrandis des mains de Saddam Hussein. Là, mon imaginaire démarra au quart de tour. Je fus d’abord étonné que le galbe des sabres soit dirigé vers la terre et non vers le ciel, ce qui dénote un certain pessimisme. Ensuite, je me mis dans la peau d’un sculpteur auquel Saddam Hussein commande une œuvre et cela me ramena à l’une des légendes du pont de Mostar. Mon imaginaire galopait car j’étais enfin dans l’univers de mes formes , des archaïsmes qui leur préexistent et je sentais que la liaison de cet univers et de l’escargot helvétique était imminente. On raconte, que lorsque la ville de Mostar était sous contrôle Turc, l’aga vint trouver le meilleur des architectes de la contrée pour lui demander de construire un pont de pierre enjambant la rivière. Cet architecte dont j’ai oublié le nom imagina un projet grandiose. A la suite de calculs élaborés il conçut un pont formé d’une seule arche, sans pilier central….à l’époque, c’était une prouesse technique (et ça l’est toujours) de construire une arche de pierre d’une telle portée. L’aga accepta le projet et le chantier commença sous la direction de l’architecte. Les travaux durèrent dix ans, le jour de l’inauguration de l’œuvre grandiose et merveilleuse arriva enfin. Pour tester sa solidité, le pont fut chargé de centaines de tonnes de pierres entassés sur des chars tirés par des chevaux. En pleine cérémonie, le pont de Mostar s’effondra. L’architecte pour échapper à la fureur présumée de l’aga, réussie à disparaître dans les montagnes et se cacha dans une grotte. L’aga le fit rechercher et le retrouva. « Vous pensez que je vais vous faire tuer ? lui dit il. Et bien, non, vous allez refaire le pont de Mostar exactement pareil, une seule arche, pas de pilier central, et cette fois ci, il tiendra. » L’architecte se replongea dans ses calculs, modifia quelques détails et le chantier repris. Dix années plus tard, le pont de Mostar, était de nouveau magnifique : un pont de pierre, une seule arche, pas de piliers central. Arriva enfin le jour de l’inauguration. Comme dix ans auparavant, pour tester sa solidité, on y fit circuler des chars chargés de centaines de tonnes de pierres…..il tint bon. L’aga voulut féliciter et récompenser l’architecte. Impossible. L’architecte s’était pendu le matin de l’inauguration. Fin des années 1980 le pont de Mostar était toujours debout.
Par association entre les turcs, l’arche du pont, et les sabres iraqiens, mon imaginaire s’envola vers le yatagan et là j’étais vraiment de retour dans ma sculpture. En effet, en 1993 je créais une œuvre monumentale, devant l’un des bâtiments de l’université de Toulon et du Var. La sculpture terminée, je ne lui avais pas encore trouvé de nom. J’interrogeais une amie, L. qui me dit : ta sculpture tu devrais l’appeler yatagan, elle ressemble vraiment à un yatagan. (le yatagan est le sabre qu’utilisaient autrefois les soldats turcs). L. avait raison, mais deux de mes amis étant arméniens et connaissant les drames infligés par les turcs aux arméniens au début du siècle dernier, je ne pu me résoudre à yatagan. Dans la ville de La Garde, à deux pas de l’université de Toulon et du Var, se trouvait, et se trouve toujours Riita, une sculpture que j’avais faite en 1987. Je l’avais appelé Riita, non pas par rapport à sainte Rita, mais par rapport à rïïta qui veut dire la dispute, la lutte en finlandais. Avec Riita et Yatagan, je formais donc le mot valise : Riitagaan et c’est ainsi que je nommais la sculpture monumentale de L’université.
Désormais, tout me semblait évident. Le point de départ de mon escargot, de ma spirale, ne serait pas une formule mathématique, mais un sabre courbe. Pas un sabre comme ceux sous lesquels défile la garde présidentielle iraqienne, un sabre dont la courbe est descendante. Non. Un sabre dont la courbe est ascendante.
Après cela, tout fut simple…….je traçais sur du papier, avec toute la force, la violence et la vitesse nécessaire la courbe ascendante d’un yatagan, puis je laissais la puissance du trait mourir en s’enroulant sur elle même. « La forme enveloppant la force » comme le dit Mischima était là, (1) Ruptagaan 006 où l’œil du cyclone était né. Il ne me restait plus qu’à agir en trois dimensions.
Goulven 2005

commémoration



Les émotions présentes agissent sur la mémoire que l’on garde des émotions passées. Tout se transforme perpétuellement, tout glisse. Une émotion peut nous faire aimer plus fort un lieu un objet ou un être que nous avons connu par le passé. Une émotion peut aussi nous séparer de ce que nous avons aimé, nous faire occulter le passé.
Enfant, me promenant avec mon père dans la forêt pyrénéenne je découvris gisant au pieds d’un chêne, un magnifique canif. Une grande lame et une petite lame, un tire bouchon, un décapsuleur , un poinçon. Un rêve de canif. Les lames et les divers accessoires étaient d’acier, sur le manche en bronze apparaissait gravé en bas relief le visage d’un vieux loup de mer scrutant l’horizon de sa longue vue. Mon père me dit : « Tu as une chance inouïe, car c’est le plus beau couteau du monde. » J’avais cinq ans. Mon père, m’enseignât l’art d’utiliser délicatement, prudemment, avec respect, « le plus beau couteau du monde ». Il m’apprit à nettoyer les lames et à les polir en les frottant sur la terre. Un jour il me dit : « Ton couteau est sale, on va le démonter pour le nettoyer et le graisser. » Quelques instants plus tard, lames, vis, manche, étaient posés dans le désordre sur la table. Quel choc. Le plus beau couteau du monde en pièces détachées, dans le désordre en plus. Fortement ému par cette vision sinistre, je pleurais. Mon père nettoya toutes les pièces, les huila et remonta le couteau. Il était magnifique, huilé, poli, brillant, mais pour moi, il n’était plus le même, car j’avais vu ce que j’avais vu. Les lames, les vis, le manche répandues pèle mêle sur la table….une explosion, en quelque sorte. Pour moi, il n’était plus le même, et pourtant les autres, ceux qui n’avaient pas assisté à l’événement du démontage, disaient : « Il est magnifique, ton couteau, il est encore plus beau qu’avant, c’est vrai que c’est le plus beau couteau du monde. » Quelques mois plus tard, je perdis « le plus beau couteau du monde » auquel j’avais tenu comme à la prunelle de mes yeux, et au grand étonnement de ma famille je n’en éprouvais aucun chagrin.
Cette simple constatation que pour moi, le couteau n’était plus le même, mais que pour les autres, pour ceux qui n‘avaient pas assistés à la scène, au drame du démontage, au sinistre, à l’éparpillement des parties constitutives de l’objet, il n’avait pas changé, m’aida à prendre conscience de ce que veut dire « vivre un événement ». J’aurais pu dire : « Papa a démonté le couteau pour le nettoyer et le huiler et puis il l’a remonté comme avant. » mais cela n’aurait en rien permis à ceux qui n’avaient pas assistés au drame du démontage de partager mon émotion, mon sentiment, d’éprouver ce que j’éprouvais.
Les émotions présentes permettent à l’homme d’exprimer ses émotions passées, d’en donner une expression littéraire, picturale, sculpturale, musicale………ce souvenir d’enfance par exemple c’est en réfléchissant à la création d’une œuvre commémorant l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en 2001 qu’il m’est revenu. Les questions que je me posais entre autres étaient : Comment rassembler autour d’un lieu commémoratif, ceux qui ont vécu le drame et ceux qui ne l’ont pas vécu. Comment faire en sorte que ceux qui ont souffert dans leurs entrailles ne se sentent pas incompris, exclus. Comment agir au de là des limites du politique et de l’économique.
Goulven 2004


Les temps changent


A l'aube du vingt et unième siècle les femmes ne pouvaient faire le mal que par mâle interposé.

jeudi 16 octobre 2008

Document d'artiste


J'ai toujours détesté le Kitsch.

Bagnères de Bigorre. En arrière plan, la chaîne des Pyrénées et le majestueux pic du midi. En premiers plan, des collines boisées ayant pour nom : Les Palombières, le Tucou, le Monet, Le Casque de Liéris et le bédat. Le Bédat domine la ville, comme la tour Montparnasse le sixième arrondissement de Paris. Durant mon enfance il y eut plusieurs petits tremblements de terre….très impressionnant. On disait que le Bédat était un ancien volcan, qu’un jour il se réveillerait. Au dix-huitième siècle un assez fort séisme causa de forts dégâts à la cité thermale. Pour protéger Bagnères de Bigorre et ses habitants, on érigea sur le sommet du Bédat une ignoble vierge Marie, blanchâtre, grotesque, Kitsch. …..Depuis ma plus tendre enfance, je déteste le kitsch, le clinquant. Cela m’angoisse….tout ce qui n’est pas beau m’angoisse. Au printemps 1974, je prenais l’avion pour Reichkavic en Islande, j’avais 24 ans. Le boeïng était bondé de belges du troisième âge, mâles et femelles………tous plus hideux les uns que les autres. Je pensais : Si l’avion s’écrase, cela ne sera triste que pour moi. Je vous disais donc qu’une vierge Marie, blanchâtre, kitsch, ignoble était érigée au sommet du Bédat, obstruant le cratère de l’ancien volcan. Moi, j’imaginais le volcan se réveillant en pleine nuit, les gaz se comprimant dans le cratère bouché par l’hideuse statue. Le Bédat une bouteille de champagne dont le bouchon était la vierge Marie. Pan…boum…..catapultée, la vierge marie. Elle s’élevait dans les airs puis s’écrasait sur notre maison. Une après midi ou j’étais dans ma chambre alité et fiévreux, souffrant d’une angine, je voulue tenter une expérience……L’école, le catéchisme, napoléon, la république…..le péché mortel….j’étais un enfant incrédule. On allait bien voir. Je m’asseyais sur mon lit et disais, pas trop fort pour que ma mère n’accoure pas de la cuisine, mais distinctement, fermement, lentement, en articulant bien : « Jésus Christ est un.... Jésus Christ est un .... Jésus Christ est un ....ard. Jésus Christ est un gros ..... » Je me planquais sous les couvertures…..le volcan allait-il se réveiller ? le tremblement de terre allait-il nous anéantir ?