jeudi 30 octobre 2008

L'oeil du cyclone ou l'escargot de Meyriez



Photo Guido Baselgia


 Seize années plus tard .

 Elle fait maintenant partie du lieu




Photo Guido Baselgia

A propos d’expo 02 voici quelques réflexions qui présidèrent à la création de l’œuvre que j’eus la chance de pouvoir réaliser en collaboration avec la scénographe Audrey Ténaillon et l’architecte Marie Claude Bétrix.
En 2001, le ministère de la défense de la confédération helvétique, à l’occasion d’expo 02, me passa commande d’un escargot destiné à symboliser sur un site nommé, Le chantier naval, la politique extérieur suisse avançant repliée sur elle même et fort lentement. Je suis bien sur contre une définition étriquée de mon travail, mais je pense néanmoins que, tension, déséquilibre, mouvement, donc, force, vitesse, violence en sont les principaux constituants. J’acceptais la commande, car comme le disait un grand écrivain du siècle dernier, seule les contradictions sont humaines et pratiques.
L’escargot, c’était une idée (que je trouve excellente) des architectes et de la scénographe chargés du projet « Le chantier naval » mais j’apprit rapidement que le ministère de la défense, c’est à dire le commanditaire général, avait accepté cette image à contre cœur.
Comment réaliser ce travail sans pervertir mon œuvre pour laquelle du reste j’avais été choisi….on fait appel à vous car on ne veut pas du Disney land. Je me concentrais donc sur le symbole général de la spirale, lorsqu’un beau matin je croisais par hasard un scientifique de haut niveau avec lequel j’avais lié connaissance il y a une dizaine d’années. A l’époque j’étais l’un des rare à comprendre l’importance de ses théories sur la « production d’aléatoire ». Installés à la terrasse d’un bar, nous bûmes un café, deux cafés tandis que j’entretenais le scientifique de haut niveau de mon escargot, de la spirale en général. Comme je m’y attendais, celui ci se montra intarissable sur le sujet. Des Incas à la physique quantique en passant par Platon et Einsthein sans oublier bien sur Blaise Pascal et Leprince Ringué. Ayant sur moi, un petit carnet, je priais mon scientifique de haut niveau de bien vouloir y inscrire quelques formules modélisant la spirale, ce qu’il fit, puis nous primes congé l’un de l’autre. La matinée maintenant bien avancée, était belle, propre à l’élévation de l’ âme, à la méditation. Pour y voir plus clair, je photocopiais les deux pages du carnet , les agrandissais en format A4 et me dirigeais vers mon atelier. Quelques semaines plus tard la conception de ma sculpture n’avait guère avancé. Je buttais lamentablement contre la contradiction entre mon œuvre que je veux tension, déséquilibre, mouvement, vitesse, force….et la spirale molle de l’escargot. Les formules mathématiques ne m’étaient d’aucun secours. Je commençais à paniquer et le deuxième des sept acomptes m’ayant été versé, je sentais que mes commanditaires allaient bientôt me demander des comptes.
Un soir au hasard d’un zapping télévisuel incontrôlé, m’apparut l’image suivante : la garde présidentielle irakienne défilait sous deux sabres monumentaux tenus par les moulages agrandis des mains de Saddam Hussein. Là, mon imaginaire démarra au quart de tour. Je fus d’abord étonné que le galbe des sabres soit dirigé vers la terre et non vers le ciel, ce qui dénote un certain pessimisme. Ensuite, je me mis dans la peau d’un sculpteur auquel Saddam Hussein commande une œuvre et cela me ramena à l’une des légendes du pont de Mostar. Mon imaginaire galopait car j’étais enfin dans l’univers de mes formes , des archaïsmes qui leur préexistent et je sentais que la liaison de cet univers et de l’escargot helvétique était imminente. On raconte, que lorsque la ville de Mostar était sous contrôle Turc, l’aga vint trouver le meilleur des architectes de la contrée pour lui demander de construire un pont de pierre enjambant la rivière. Cet architecte dont j’ai oublié le nom imagina un projet grandiose. A la suite de calculs élaborés il conçut un pont formé d’une seule arche, sans pilier central….à l’époque, c’était une prouesse technique (et ça l’est toujours) de construire une arche de pierre d’une telle portée. L’aga accepta le projet et le chantier commença sous la direction de l’architecte. Les travaux durèrent dix ans, le jour de l’inauguration de l’œuvre grandiose et merveilleuse arriva enfin. Pour tester sa solidité, le pont fut chargé de centaines de tonnes de pierres entassés sur des chars tirés par des chevaux. En pleine cérémonie, le pont de Mostar s’effondra. L’architecte pour échapper à la fureur présumée de l’aga, réussie à disparaître dans les montagnes et se cacha dans une grotte. L’aga le fit rechercher et le retrouva. « Vous pensez que je vais vous faire tuer ? lui dit il. Et bien, non, vous allez refaire le pont de Mostar exactement pareil, une seule arche, pas de pilier central, et cette fois ci, il tiendra. » L’architecte se replongea dans ses calculs, modifia quelques détails et le chantier repris. Dix années plus tard, le pont de Mostar, était de nouveau magnifique : un pont de pierre, une seule arche, pas de piliers central. Arriva enfin le jour de l’inauguration. Comme dix ans auparavant, pour tester sa solidité, on y fit circuler des chars chargés de centaines de tonnes de pierres…..il tint bon. L’aga voulut féliciter et récompenser l’architecte. Impossible. L’architecte s’était pendu le matin de l’inauguration. Fin des années 1980 le pont de Mostar était toujours debout.
Par association entre les turcs, l’arche du pont, et les sabres iraqiens, mon imaginaire s’envola vers le yatagan et là j’étais vraiment de retour dans ma sculpture. En effet, en 1993 je créais une œuvre monumentale, devant l’un des bâtiments de l’université de Toulon et du Var. La sculpture terminée, je ne lui avais pas encore trouvé de nom. J’interrogeais une amie, L. qui me dit : ta sculpture tu devrais l’appeler yatagan, elle ressemble vraiment à un yatagan. (le yatagan est le sabre qu’utilisaient autrefois les soldats turcs). L. avait raison, mais deux de mes amis étant arméniens et connaissant les drames infligés par les turcs aux arméniens au début du siècle dernier, je ne pu me résoudre à yatagan. Dans la ville de La Garde, à deux pas de l’université de Toulon et du Var, se trouvait, et se trouve toujours Riita, une sculpture que j’avais faite en 1987. Je l’avais appelé Riita, non pas par rapport à sainte Rita, mais par rapport à rïïta qui veut dire la dispute, la lutte en finlandais. Avec Riita et Yatagan, je formais donc le mot valise : Riitagaan et c’est ainsi que je nommais la sculpture monumentale de L’université.
Désormais, tout me semblait évident. Le point de départ de mon escargot, de ma spirale, ne serait pas une formule mathématique, mais un sabre courbe. Pas un sabre comme ceux sous lesquels défile la garde présidentielle iraqienne, un sabre dont la courbe est descendante. Non. Un sabre dont la courbe est ascendante.
Après cela, tout fut simple…….je traçais sur du papier, avec toute la force, la violence et la vitesse nécessaire la courbe ascendante d’un yatagan, puis je laissais la puissance du trait mourir en s’enroulant sur elle même. « La forme enveloppant la force » comme le dit Mischima était là, (1) Ruptagaan 006 où l’œil du cyclone était né. Il ne me restait plus qu’à agir en trois dimensions.
Goulven 2005

1 commentaire:

Catherine André a dit…

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